Publication des premières recommandations européennes sur la réadaptation cardiaque

 

MUNICH — La Société européenne de cardiologie (ESC) a publié ses premières recommandations consacrées spécifiquement à la réadaptation cardiaque, qui doit désormais être envisagée précocement, dans certains cas dès la phase hospitalière. L’objectif est notamment d’encourager sa mise en place, en favorisant entre autres la réadaptation cardiaque à domicile, là où les ressources sont limitées, via des outils numériques.

Les recommandations ont été présentées lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2026) et publiées simultanément dans European Heart Journal.

Jusqu’à présent, la réadaptation cardiaque faisait l’objet de chapitres à part entière dans les diverses recommandations et avait une place particulièrement importante dans la prise en charge du syndrome coronaire aigu et de l’insuffisance cardiaque. Le document propose désormais une approche globale centrée sur le patient, avec des adaptations spécifiques à chaque maladie cardiovasculaire.

Elargissement des indication

Au-delà du syndrome coronarien aigu et de l’insuffisance cardiaque, la réadaptation couvre désormais un spectre plus large de maladies cardiaques, incluant les valvulopathies, les cardiopathies congénitales, la fibrillation atriale, l’onco-cardiologie, l’hypertension artérielle pulmonaire ou encore certaines cardiomyopathies. Ces nouvelles recommandations permettent également d’adapter la réadaptation aux comorbidités du patient.

« La réadaptation cardiaque est l’un des traitements les plus efficaces en cardiologie, avec des effets bénéfiques qui vont au-delà de ceux des médicaments ou de la chirurgie », a souligné la Pre Maria Bäck (Sahlgrenska University Hospital, Göteborg, Suède), qui a co-dirigé la rédaction de ces recommandations. « Malgré la hausse du nombre de personnes vivant avec une maladie cardiovasculaire, la réadaptation cardiaque reste sous-utilisée ».

Dre Marie Christine Iliou
Dre Marie Christine Iliou

« Il y a un vrai problème d’accès à la réadaptation cardiaque », a confirmé auprès de Medscape édition française la Dre Marie Christine Iliou (Hôpital Paris Saint-Joseph, Paris), qui a participé à la relecture du document. « En France, 25% des patients ayant un syndrome coronaire aigu et 10% des patients atteints d’insuffisance cardiaque bénéficient d’une réadaptation. Chez ceux ayant un syndrome coronaire chronique, le taux tombe à 5% ».

Le manque de centres spécialisés et l’élargissement des indications expliquent en partie cette difficulté d’accès. Pour pallier ce manque et améliorer la participation, la télé-réadaptation est présentée pour la première fois comme une alternative aux programmes en centre dans certaines situations (Recommandation de classe IIa), notamment dans une approche hybride associant séances en présentiel et suivi à distance, toujours sous supervision d’un centre de réadaptation cardiaque

« Avec ces recommandations, il y a aussi une volonté d’uniformiser les pratiques, qui sont très différentes d’un pays à l’autre, et de réviser les indications et les contre-indications », a ajouté la cardiologue spécialisée en réadaptation cardiaque. « Elles marquent également une reconnaissance envers cette spécialité ».

Point majeur à souligner : la réadaptation est centrée sur le patient. « Il ne s’agit pas de proposer un programme standardisé. La prise en charge est individualisée en prenant en compte les particularités du patient sur le plan médical, mais aussi ses besoins et ses attentes dans l’objectif d’améliorer sa qualité de vie ». A ce titre, les associations de patients ont été largement sollicitées pour construire ces guidelines.

Davantage de renforcement musculaire

« Une démarche fondée sur la décision partagée est essentielle pour déterminer les composantes clés de la réadaptation cardiaque et ses modalités de mise en œuvre », a commenté lors de sa présentation, le Pr Matthias Wilheim (Hôpital universitaire de Berne, Suisse), qui a également co-dirigé la rédaction. « Associée aux nouvelles technologies, cette approche peut permettre aux patients de suivre leur programme de réadaptation là où cela leur convient le mieux, notamment à domicile. »

Dans ces recommandations, la réadaptation cardiaque et vasculaire n’est plus présentée comme un simple programme d’exercice physique, mais comme un ensemble de mesures individualisées visant à améliorer la récupération et la santé globale du patient.

En plus de l’entrainement physique, elle intègre l’optimisation des traitements, la prise en charge des facteurs de risque et des comorbidités, la nutrition, la gestion du poids, mais aussi le soutien psychologique et l’éducation thérapeutique. « Même si les preuves de son impact sur le pronostic sont encore limitées, un accompagnement psychologique adapté doit être proposé en fonction du profil du patient », a précisé la Dre Iliou. Des interventions psycho-éducatives ou une thérapie cognitive-comportementale sont notamment suggérées.

Les recommandations consacrent également des chapitres à part entière à la sexualité et au retour au travail, deux dimensions importantes de la récupération après un événement cardiovasculaire.

Concernant plus particulièrement l’activité physique, des modalités générales sont proposées, avec dans la plupart des cas des exercices d’endurance et de renforcement musculaire. Ces modalités sont adaptées selon la fréquence, l’intensité, la durée, le type d’exercice, le volume et sa progression. Le renforcement musculaire, qui est davantage pris en compte dans ces recommandations, a notamment une place plus importante en cas d’insuffisance cardiaque ou chez les patients âgés.

Des délais d’application précisés

Nouveauté importante : les recommandations précisent les adaptations à apporter selon la pathologie, mais aussi le profil et les objectifs du patient. « Le document apporte des précisions très claires sur la manière d’adapter les exercices physiques en fonction des comorbidités, par exemple en présence d’une hypertension artérielle ou d’une obésité », a souligné la Dre Iliou.

Autre nouveauté: les délais sont précisés pour débuter le programme de réadaptation. Dans l’ensemble, il est recommandé de l’initier précocement afin d’améliorer l’adhésion au programme et les résultats fonctionnels (classe I/C).

Après un syndrome coronarien aigu, la réadaptation cardiaque doit être débutée dans les 14 premiers jours et au plus tard dans les 30 jours. Après un pontage aortocoronarien, la réadaptation doit commencer dans un délai de 28 jours et ne doit pas être retardée au-delà de 42 jours. « Après ces délais, il n’est toutefois jamais trop tard pour commencer », a tenu à préciser la cardiologue.

L’instauration précoce de la réadaptation cardiaque est à envisager chez les patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque décompensée, afin de réduire la mortalité hospitalière (classe IIa/B2). Elle peut débuter peu après l’obtention de la décongestion et de la stabilisation hémodynamique.

Chez certains patients à haut risque, présentant par exemple une insuffisance cardiaque avancée (NYHA IV), une arythmie ventriculaire complexe ou une sténose coronaire sévère, une surveillance par télémétrie pendant l’entraînement peut être envisagée pour détecter d’éventuelles arythmies, une ischémie ou des anomalies hémodynamiques (classe IIb, C).

La réadaptation cardiaque est particulièrement recommandée après un syndrome coronarien aigu et dans la prise en charge du syndrome coronarien chronique, avec ou sans intervention coronaire percutanée ou pontage aortocoronarien. Elle est associée à une baisse du risque de mortalité cardiovasculaire et d’infarctus du myocarde (classe I, A). Elle permet aussi de réduire les hospitalisations et d’améliorer les capacités physiques, ainsi que la qualité de vie.

FA: premières recommandations de réadaptation cardiaque

Il en est de même chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite (< 50%) (classe I, B1). La réadaptation doit également être envisagée en cas d’insuffisance cardiaque décompensée, dès que possible (classe IIa, B1). Elle est aussi indiquée lorsque la fraction d’éjection est préservée (FEVG ≥ 50 %) pour, là encore, améliorer les capacités physiques et la qualité de vie (Classe I, B1).

Les recommandations étendent la réadaptation cardiaque à plusieurs autres situations cardiovasculaires. Elle est recommandée chez les patients présentant une valvulopathie traitée par remplacement de valve par voie percutanée (TAVI) ou chirurgie, une cardiopathie congénitale à l’âge adulte, ou après l’implantation d’un défibrillateur ou d’un dispositif de resynchronisation cardiaque (classe I, B1).

S’agissant de la réadaptation dans la fibrillation atriale (FA), c’est la première fois qu’elle fait l’objet de recommandations. Elle est à envisager afin de « réduire la sévérité des symptômes liés à la FA, la charge symptomatique, la fréquence et la durée des épisodes, ainsi que les récidives » (classe IIa, B1). Après une ablation par cathéter par radiofréquence, elle est également à envisager afin d’améliorer les capacités physiques et la qualité de vie (classe IIa, B1).

Elle doit aussi être envisagée en cas d’hypertension artérielle pulmonaire, ainsi que chez les patients atteints de certains cancers, en particulier en cas de cardiopathie associée et/ou pour limiter les effets cardiotoxiques des traitements oncologiques (classe IIa, B1).

Dans l’ensemble, les experts précisent que la fragilité ou la présence de comorbidités ne doivent pas conduire à écarter un patient ayant une indication de réadaptation cardiaque (Classe III).

Reconnaissance de la télé-réadaptation

Pour lever les obstacles à la participation, des modèles hybrides sont proposés pour compléter l’offre en milieu hospitalier ou en centre spécialisé en associant séances en présentiel et suivi à distance. Ces nouvelles recommandations marquent ainsi une reconnaissance de la télé-réadaptation qui est désormais à envisager, notamment chez les patients à bas risque limités par des contraintes géographiques familiales ou professionnelles.

Plus largement, les recommandations indiquent que les consultations à distance doivent être envisagées chez les patients suivant une réadaptation cardiaque afin d’améliorer leur adressage, leur adhésion et leur participation complète au programme (classe IIa/B2).

L’évaluation initiale, la stratification du risque et le screening avant exercice sont à réaliser en présentiel pour déterminer un programme qui pourra ensuite être appliqué à distance, via des plateformes en ligne spécifiques. L’intelligence artificielle est également évoquée comme un outil susceptible de contribuer à la personnalisation et à l’optimisation des programmes de réadaptation.

Le programme en ambulatoire standard est de 24 séances de réadaptation réparties sur 12 semaines environ. « En général, pour la réadaptation cardiaque, on compte entre 20 et 40 séances avec des fréquences hebdomadaires variables selon les pathologies », précise la Dre Iliou. En France, le remboursement de la télé-réadaptation est attendu à partir de 2027, a-t-elle précisé.

Les experts soulignent que, chez certains patients sélectionnés, une réadaptation cardiaque à domicile intégrant des outils numériques, notamment la surveillance à distance et les téléconsultations avec les professionnels de santé, peut réduire les coûts des soins et être plus pratique à mettre en place que les programmes habituels dispensés à l’hôpital.

Pathologie cardiovasculaire et maladie rénale chronique : premières recommandations européennes

 

 

MUNICH — La Société européenne de cardiologie (ESC), en collaboration avec l’European Renal Association (ERA), a publié ses premières recommandations consacrées spécifiquement à la prise en charge des maladies cardiovasculaires chez les patients atteints d’une maladie rénale chronique (MRC). L’objectif est d’aider le clinicien à adapter au mieux le traitement et à réduire le risque de complications cardiovasculaires et rénales.

Le document a été présenté lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2026) et publié simultanément dans l’European Heart Journal [1,2].

Parmi les changements les plus marquants de ces recommandations figurent le dépistage systématique de la MRC, reposant non seulement sur la créatinine plasmatique, mais aussi sur l’albuminurie, ainsi que l’utilisation précoce de traitements tels que les inhibiteurs de SGLT2, la finérénone et le sémaglutide, selon le profil du patient et sa fonction rénale.

Premier message important : les experts préconisent désormais de rechercher une MRC de manière systématique « chez tous les patients ayant un diagnostic de maladie cardiovasculaire », en mesurant le débit de filtration glomérulaire (DFG) et l’albuminurie (recommandation de Classe I). Deux mesures réalisées à au moins trois mois d’intervalle permettent d’établir la chronicité de l’atteinte rénale. Ce dépistage vise à identifier au plus tôt les patients les plus à risque de complications afin d’adapter leur prise en charge.

Adapter le traitement selon la fonction rénale

Marqueur majeur de la fonction rénale, le DFG est associé à un risque accru de maladie cardiovasculaire lorsqu’il est inférieur à 60 mL/min/1,73 m². Le risque augmente progressivement avec la diminution de la DFG et l’augmentation de l’albuminurie.

« Jusqu’à 30 mL/min/1,73m², il y a peu de changement à apporter dans les traitements des maladies cardiovasculaires, mais certaines adaptations sont désormais recommandées en dessous de ce seuil, alors qu’il y a toujours eu une certaine appréhension au moment de traiter les patients souffrant d’une insuffisance rénale », a commenté auprès de Medscape édition française la Pre Rosa Maria Bruno (Hôpital Européen Georges Pompidou, AP-HP, Paris), qui a participé à la relecture du document.

Pour la première fois, le document réunit les algorithmes permettant d’adapter le traitement de chaque maladie cardiovasculaire (insuffisance cardiaque, fibrillation atriale, AVC, maladie artérielle périphérique…), en tenant compte du risque lié à la MRC. « Les indications sont très claires pour administrer le traitement optimal chez ces sujets particulièrement à risque ».

« La maladie rénale fait partie du continuum de la maladie cardiovasculaire », poursuit la spécialiste. « On le constatait d’un point de vue épidémiologique depuis plusieurs années. C’est désormais reconnu par les sociétés savantes qui viennent, à travers ces recommandations, proposer une adaptation de la pratique clinique ».

Des évolutions sur le plan pharmacologique, notamment l’arrivée des agonistes du récepteur du GLP-1, comme le sémaglutide, et des inhibiteurs de SGLT2 (dapagliflozine, empagliflozine…) dans la prise en charge du diabète, ainsi que des antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes (ARM) non stéroïdiens (finérénone) dans la MRC associée au diabète de type 2, ont également contribué à l’élaboration de ces recommandations.

Arrivée de nouveaux traitements préventifs

« Les agonistes du récepteur du GLP-1 et des inhibiteurs de SGLT2, initialement développés comme antidiabétiques, ont montré dans plusieurs essais cliniques une efficacité en termes de prévention de la maladie cardiovasculaire et rénale qui va bien au-delà du contrôle glycémique », a souligné la Pre Bruno.

« Ces médicaments ont un impact direct sur le risque cardiovasculaire. On est face à un changement de paradigme : on ne peut plus ignorer le lien entre maladie métabolique, fonction rénale et fonction cardiaque. » Dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires, « il faut désormais prendre en compte des comorbidités, comme la maladie rénale chronique, qui était auparavant mise au second plan ».

« La MRC peut aggraver les maladies cardiovasculaires et inversement », a déclaré de son côté le Pr Kevin Damman (University Medical Centre Groningen, Pays-Bas), coprésident du groupe de travail à l’origine de ces recommandations. Après les « progrès majeurs » de ces dernières années, « il existe désormais plusieurs traitements simples permettant de réduire considérablement le risque de complications cardiovasculaires et rénales. »

Pour orienter la prise en charge, les experts proposent une approche définie par l’acronyme « STAMP on CKD » pour Screen, Triage, Address CKD Risk, Modify CVD management and Plan health services, c’est-à-dire dépister la MRC, stratifier le risque, prendre en charge le risque rénal, adapter la prise en charge des maladies cardiovasculaires et organiser les soins.

Concernant le dépistage de la MRC chez les patients atteints de maladie cardiovasculaire, il est recommandé de mesurer le DFG et le rapport albumine/créatinine urinaire (uACR) (classe I). « A la créatinine, qui était auparavant pratiquée, s’ajoutent désormais en routine l’albuminurie et les tests évaluant la fonction rénale. Cela va aider à stratifier le risque », a précisé la Pre Bruno.

Lorsque la MRC est confirmée, la stratification du risque est préconisée en utilisant la classification KDIGO, qui tient compte du DFG et de l’albuminurie. Chez les patients présentant une MRC de stade G3 à G5, le risque de progression vers l’insuffisance rénale nécessitant un traitement de suppléance peut être évalué à l’aide du score KFRE, afin de déterminer notamment la nécessité d’une orientation vers un néphrologue. Un risque à 5 ans > 3 à 5 % est proposé comme critère d’orientation vers un néphrologue.

L’évaluation du risque cardiovasculaire doit également privilégier, chez les patients atteints de MRC, les scores intégrant le DFG et/ou l’albuminurie.

Ralentir la progression de la maladie rénale

Chez les patients présentant une MRC, la prévention du risque repose sur l’instauration de traitements permettant à la fois de ralentir la progression de la maladie rénale et de réduire le risque d’événements cardiovasculaires.

Le traitement repose d’abord sur l’administration d’un inhibiteur du système rénine-angiotensine, un IEC ou un ARA2, à la dose maximale tolérée (Classe I). L’association IEC+ARA2 est déconseillée en raison du risque d’insuffisance rénale aiguë et d’hyperkaliémie sévère (Classe III).

En l’absence de diabète de type 2, un inhibiteur de SGLT2 (empagliflozine ou dapagliflozine) est recommandé en cas de DFG ≥ 20 mL/min/1,73m² associé à un ratio albumine/créatinine urinaire (uACR) ≥ 20 mg/mmol (≥200 mg/g) (Classe I). Il peut également être envisagé lorsque le DFG est compris entre 20 et 44 mL/min/1,73 m² et l’uACR < 20 mg/mmol (Classe IIa).

En présence d’un diabète de type 2, un iSGLT2 est recommandé dès lors que le DFG est ≥ 20 mL/min/1,73 m², indépendamment du contrôle glycémique. (Classe I).

Plusieurs essais ont montré l’efficacité des inhibiteurs de SGLT2 pour ralentir la progression de la maladie rénale et réduire le risque cardiovasculaire chez les patients atteints de MRC. L’essai EMPA-KIDNEY a notamment montré une réduction du risque du critère composite associant progression de la maladie rénale et décès cardiovasculaire chez les patients traités par empagliflozine.

Chez les patients atteints de MRC non dialysés, un traitement à base de statine, avec ou sans ézétimibe, doit également être proposé afin de réduire le risque cardiovasculaire, indépendamment du niveau de LDL-cholestérol (Classe I).

Diabète de type 2 et IRC : place à la finérénone

La finérénone trouve sa place dans le traitement des patients atteints de diabète de type 2 et de MRC, sur la base notamment des essais FIDELIO-DKD et FIGARO-DKD. Ceux-ci ont montré une réduction du risque cardiovasculaire, principalement liée à une diminution des hospitalisations pour insuffisance cardiaque. La finérénone est recommandé chez les patients présentant un diabète de type 2, un DFG ≥25 mL/min/1,73 m² et un uACR ≥3 mg/mmol (Classe I).

En prévention du risque cardiovasculaire et rénal, le sémaglutide, agoniste du récepteur du GLP-1, est également recommandé chez les patients atteints de diabète de type 2 et de MRC avec un DFG compris entre 25 et 49 mL/min/1,73 m² et un uACR ≥10 mg/mmol (≥100 mg/g), ou avec un DFG compris entre 50 et 74 mL/min/1,73 m² et un uACR ≥30 mg/mmol (≥300 mg/g), indépendamment du contrôle glycémique (Classe I).

Si une approche séquencée ne peut pas encore être déterminée, « la combinaison de traitements doit être initiée au plus tôt chez les patients à haut risque », a précisé le Pr William Herrington (Université d’Oxford, Royaume-Uni), également coprésident du groupe de travail, lors de la présentation des recommandations.

Chez les patients présentant une maladie rénale avec un DFG ≥ 30 mL/min/1,73m², une pression artérielle systolique ≥130 mmHg et/ou une pression artérielle diastolique ≥ 80 mmHg justifient une intensification des mesures hygiéno-diététiques et du traitement antihypertenseur (Classe I). Une pression artérielle systolique cible de 120 à 129 mmHg est recommandée si elle est tolérée (classe I). Lorsque le DFG est <30 mL/min/1,73 m², les objectifs tensionnels doivent être individualisés.

Abréger le traitement antiplaquettaire

Pour ce qui est de l’adaptation des traitements en fonction de la pathologie cardiovasculaire, les recommandations distinguent plusieurs situations.

En cas d’insuffisance cardiaque, les experts font référence aux recommandations qui viennent d’être mises à jour en préconisant le traitement par iSGLT2 (empagliflozine ou dapagliflozine), quelle que soit la FEVG, chez les patients dont le DFG est ≥20 mL/min/1,73 m² (classe I A).

La finérénone, en tant qu’ARM non stéroïdien, peut être envisagé chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque avec une FEVG ≥40 % et un DFG ≥25 mL/min/1,73 m².

Dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite (FEVG <50 %), un traitement par IEC, ARA2 ou ARNI est recommandé, de même qu’un bêtabloquant lorsque le DFG est ≥30 mL/min/1,73 m². Un ARM stéroïdien est recommandé en cas de FEVG réduite et de DFG ≥30 mL/min/1,73 m². Lorsque le DFG est compris entre 15 et 29 mL/min/1,73 m², un IEC ou un ARA2 peut être envisagé, de même qu’un bêtabloquant (Classe IIb).

« Il est important de savoir que dans le traitement médical fondamental ou additionnel de l’insuffisance cardiaque, il y a peu de données chez les patients avec un DFG < 30, à l’exception des iSGLT2 », a commenté le Pr Herrington.

Chez les patients présentant un syndrome coronaire chronique et une MRC, une stratégie initialement conservatrice fondée sur un traitement médical optimal est recommandée. Une revascularisation peut être envisagée en cas de détérioration de l’état clinique malgré le traitement médical. La présence d’une maladie rénale ne doit pas conduire à renoncer à une revascularisation lorsqu’elle est cliniquement indiquée, précisent les auteurs.

Après une intervention coronarienne percutanée (PCI), une durée réduite de double antiagrégation plaquettaire (DAPT) peut être envisagée chez les patients à haut risque hémorragique (Classe IIa). Pour les syndromes coronaires chroniques, une durée de 1 à 3 mois peut être envisagée afin de réduire le risque hémorragique.

FA : AOD ou inhibiteur de facteur Xa

Le traitement anticoagulant doit également être adapté selon la fonction rénale. Chez les patients présentant une fibrillation atriale et une MRC avec un DFG ≥ 30 mL/min/1,73 m², un anticoagulant oral direct (AOD) est recommandé de préférence à un antagoniste de la vitamine K (AVK) (classe I). Lorsque le DFG est compris entre 15 et 29 mL/min/1,73 m², un inhibiteur du facteur Xa doit être envisagé de préférence à un AVK (classe IIa).

Enfin, les recommandations insistent sur la nécessité d’organiser le parcours de soins en assurant une bonne coordination entre cardiologues et néphrologues afin d’identifier les patients à haut risque et leur garantir un accès rapide à une prise en charge adaptée.

« Le document donne des indications précises pour savoir quand orienter un patient vers un néphrologue », précise la Pre Bruno. Le recours au score KFRE chez les patients en catégories G3 à G5 vise notamment à permettre une orientation suffisamment précoce vers la néphrologie.

Agonistes du GLP-1 : effets indésirables autres que gastro-intestinaux

Agonistes du GLP-1 : effets indésirables autres que gastro-intestinaux

Au cours des deux dernières années, trois agences de réglementation ont mis à jour la notice du sémaglutide afin d’y inclure une mise en garde concernant la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique — une affection pouvant entraîner une perte visuelle irréversible. Au cours de la même période, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a officiellement supprimé une mise en garde concernant le risque d’idées suicidaires associé aux agonistes du GLP-1, et des études ont montré que jusqu’à 39 % de la perte de poids obtenue avec ces médicaments pouvait provenir de la masse musculaire. [1] Ces évolutions illustrent à quel point le profil de sécurité de cette classe de médicaments est en train d’être réécrit à mesure que les données s’affinent.

Les effets gastro-intestinaux restent les plus fréquents et constituent la principale cause d’arrêt du traitement. Les nausées, les vomissements, la diarrhée et la constipation touchent entre 15 % et 40 % des patients traités par aGLP-1. Ces effets sont dose-dépendants et ont tendance à se concentrer sur les premières semaines. Un protocole de titrage prolongé de 16 semaines, au lieu des 8 semaines habituelles, réduit significativement la fréquence de ces événements sans compromettre l’efficacité.

Le ralentissement de la vidange gastrique — effet caractéristique de cette classe de médicaments — contribue également à l’augmentation, maintes fois documentée, du risque de maladies biliaires : une méta-analyse de 76 essais cliniques randomisés portant sur plus de 100 000 participants a mis en évidence une augmentation significative du risque de cholélithiase, de cholécystite et de cholécystectomie, en particulier à des doses élevées et lors de traitements prolongés.

Parmi les effets indésirables les moins évoqués figure le risque de malnutrition. En raison de la suppression de l’appétit provoquée par ces médicaments, une partie des patients réduit son apport calorique à des niveaux préoccupants sans s’en rendre compte. Des cas de malnutrition suffisamment graves pour nécessiter une hospitalisation ont déjà été signalés, en particulier chez les personnes souffrant de troubles alimentaires qui se procurent ces médicaments sans avoir fait l’objet d’une évaluation ou d’un suivi appropriés.

En ce qui concerne les sens, une étude de cohorte rétrospective multicentrique portant sur plus de 438 000 patients atteints de diabète de type 2 a révélé que les utilisateurs d’aGLP-1 présentaient un risque accru de 48 % de troubles généraux de l’odorat et du goût, de 81 % plus élevé de troubles de l’odorat et de 52 % plus élevé de troubles du goût par rapport à ceux qui utilisaient d’autres antidiabétiques. En pratique clinique, ces effets se traduisent par une sécheresse buccale, une mauvaise haleine et un risque accru de caries et de maladies parodontales — conséquences du ralentissement de la vidange gastrique et de l’augmentation de 32,9 % du risque de reflux gastro-œsophagien observée chez les utilisateurs de ces médicaments. Un suivi dentaire tous les trois ou quatre mois — au lieu des six mois habituels — peut atténuer ces effets, évitant ainsi la « bouche d’ Ozempic ».

Des effets rarement rapportés dans les essais cliniques ont été mis en évidence dans des analyses de données issues de la vie réelle. Une étude publiée dans la revue Nature Health a utilisé l’intelligence artificielle pour analyser plus de 410 000 publications sur Reddit et a identifié 67 000 utilisateurs d’aGLP-1 ; 43,5 % d’entre eux ont signalé au moins un effet indésirable.

Outre les effets gastro-intestinaux déjà connus, des symptômes psychiatriques — anxiété, insomnie et trouble dépressif — ont été observés chez environ 13 % des utilisatrices présentant des effets indésirables, ainsi que des symptômes liés à la reproduction chez près de 4 % d’entre elles, avec des cas signalés de saignements intermenstruels, de saignements abondants et d’irrégularités menstruelles. « Si des patientes sous ces médicaments se présentent à votre cabinet en signalant des troubles menstruels, des symptômes liés à la température ou de la fatigue, prenez ces signalements au sérieux », a déclaré à Medscape le Dr Neil Sehgal, chercheur à l’Université de Pennsylvanie, aux États-Unis. Ces résultats constituent des indices qui doivent être confirmés par des études prospectives — il ne s’agit pas de preuves causales —, mais les auteurs recommandent qu’ils fassent l’objet d’une enquête et soient documentés.

Avec l’arrivée des formulations orales, un nouveau défi clinique se pose : la polypharmacie. Contrairement aux formes injectables, le sémaglutide oral dépend de conditions d’absorption précises — jeûne, quantité d’eau limitée et intervalle de temps par rapport à la prise d’autres médicaments —, ce qui augmente le risque d’une exposition irrégulière, en particulier chez les adultes de plus de 65 ans, dont près de 40 % prennent 5 médicaments ou plus de manière continue. Des études pharmacocinétiques montrent que le sémaglutide oral augmente l’exposition totale à la lévothyroxine d’environ 33 %, ce qui a des implications importantes chez les patients atteints d’hypothyroïdie. L’absorption des bêtabloquants et des statines peut également être altérée par le retard de la vidange gastrique.

Il faut également prêter attention, lors de l’anamnèse, à un effet rarement abordé lors de la consultation : la dysfonction sexuelle. Un rapport de cas publié sur Medscape a décrit une patiente de 71 ans qui a présenté une anorgasmie deux semaines après avoir commencé un traitement par liraglutide — un symptôme qui a persisté lors du passage au sémaglutide et qui a disparu après le passage au tirzepatide. Le mécanisme le plus probable implique une vasoconstriction de la musculature lisse génitale, entraînant une diminution du débit sanguin dans cette région. Il s’agit d’un cas isolé, mais il souligne la nécessité d’inclure la fonction sexuelle dans l’évaluation des patients sous ces médicaments.

L’anticipation est donc une compétence clinique de plus en plus importante. Des données observationnelles montrent que 82,6 % des patients âgés de 75 ans ou plus interrompent leur traitement dans les deux ans contre 68,2 % des patients de moins de 65 ans, ce qui rend indispensable un ajustement progressif de la posologie chez les personnes âgées, ainsi qu’un suivi régulier de l’apport protéique et la promotion de l’entraînement de résistance afin d’atténuer la perte de masse musculaire.

Chez les femmes, la réponse a tendance à être meilleure que chez les hommes, en particulier chez celles dont le poids initial est plus faible ; en revanche, les patients atteints de diabète de type 2 ont tendance à perdre moins de poids, bien que le contrôle glycémique s’améliore davantage chez ceux présentant un taux élevé d’hémoglobine glyquée. Les variantes génétiques des récepteurs du GLP-1 et du GIP contribuent à expliquer en partie la variabilité interindividuelle observée tant au niveau de la perte de poids que de l’incidence des nausées et des vomissements — ce qui signifie qu’une réponse insatisfaisante au traitement ne reflète pas nécessairement un manque d’observance. Lorsque la réponse à la formulation orale est inférieure aux attentes, le passage à la formulation injectable peut aider à déterminer si le problème est d’ordre biologique ou s’il est lié à une absorption irrégulière du médicament.

Première :  une xénogreffe sert de pont en attendant un greffon humain

Un patient de 66 ans a vécu avec un rein provenant d’un cochon modifié génétiquement pendant neuf mois, en attendant une transplantation avec un rein humain compatible.

Les xénogreffes de rein pourraient permettre aux patients de se passer de dialyse en attendant un greffon humain. 

Les xénogreffes de rein pourraient permettre aux patients de se passer de dialyse en attendant un greffon humain.

Photo par PHILIPPE HUGUEN / AFP

Les xénogreffes ont peut-être enfin trouvé leur raison d’être : un pont vers une greffe avec un organe humain. Plusieurs tentatives de xénotransplantation, où on insère un organe d’une autre espèce chez l’humain, ont eu lieu ces cinq dernières années, mais elles ont toutes fini par échouer. En cause, le rejet immunitaire qui attaque le nouvel organe et qu’on ne parvient toujours pas à éteindre complètement. Pour éviter ce rejet, on utilise des organes provenant de cochons modifiés génétiquement pour “ressembler” le plus possible aux organes humains. Ces efforts ont réussi à diminuer la probabilité de rejet aigu (lorsque l’organe est attaqué tout de suite après la greffe), mais, tôt ou tard, l’organe porcin finit par être reconnu comme un intrus et attaqué en conséquence. La possibilité de les utiliser comme de vraies alternatives aux organes humains est donc encore lointaine, mais ils pourraient tout de même sauver des vies : des chercheurs de l’hôpital général du Massachusetts et de l’Université de Harvard ont montré la voie, avec le premier cas de xénogreffe comme relai en attendant la disponibilité d’un organe humain compatible. Cette première a été publiée le 3 septembre 2026 dans The Lancet.

La xénogreffe a encore des problèmes en tant qu’alternative aux greffons humains

Le patient en question, Tim Andrews, est un homme de 66 ans avec une insuffisance rénale sévère à cause d’un diabète de type 2, ce qui l’obligeait à faire des dialyses depuis deux ans. Malgré les dialyses, son état de santé continuait à se détériorer, rendant nécessaire une greffe. Il n’avait pas de donneur potentiel dans son entourage et l’attente pour un rein compatible (groupe sanguin O) était estimée à cinq années. Un temps considéré trop long pour son état de santé par ces médecins, qui ont donc pensé à l’alternative des xénogreffes.

La xénotransplantation a eu lieu le 25 janvier 2025 avec succès. La greffe porcine a fonctionné tout de suite, remplaçant l’organe défaillant et évitant le fardeau des dialyses. Cependant, le corps du patient a réagi agressivement contre la greffe à plusieurs reprises. Deux semaines après l’intervention, le rein porcin a commencé à présenter une inflammation à cause d’une attaque de cellules immunitaires du patient. Les chercheurs ont réussi à contrôler ce premier évènement négatif avec des corticostéroïdes. Des évènements similaires ont eu lieu plusieurs fois, montrant notamment des atteintes au niveau du réseau vasculaire du rein, mais les médecins sont parvenus à stabiliser l’organe à chaque fois. D’autres complications ont aussi eu lieu, certaines causées probablement par le mauvais état de santé du patient (telles que des problèmes cardiaques, sachant que le patient avait déjà eu des problèmes similaires avant la greffe) et d’autres possiblement favorisées par le traitement immunosuppresseur pour éviter le rejet du greffon (telles que des infections urinaires).

La xénogreffe a fonctionné pendant neuf mois

Malgré les efforts des médecins, le rein porcin a commencé à défaillir définitivement environ 260 jours après la greffe. Des biopsies de l’organe montraient des blessures chroniques du réseau vasculaire du rein, et les médecins ont fini par extraire le greffon 271 jours après la greffe. Des analyses postérieures ont confirmé ces dommages, causés par une réactivation de la réponse du système immunitaire contre l’organe. Les médecins pensent que ces dommages pourraient être les conséquences indirectes des infections observées : ils devaient diminuer temporairement le traitement immunosuppresseur du patient pour permettre à son corps de lutter contre l’infection, ce qui aurait pu permettre au système immunitaire de s’attaquer aussi au greffon porcin. Le patient a donc dû revenir aux dialyses neuf mois après la xénogreffe.

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Un pont vers des greffes avec des organes humains

Mais deux mois et demi après, le patient a eu de la chance : un organe hautement compatible a été mis à sa disposition grâce à la probabilité très faible de rejet (à cause d’une haute compatibilité du système HLA, les antigènes des leucocytes humains qui constituent le complexe majeur d’histocompatibilité chez l’humain). Et malgré la xénogreffe précédente, cette nouvelle transplantation n’a présenté aucun problème : pas de rejet de l’organe et pas d’infection à cause d’un éventuel pathogène transporté par l’organe porcin. Au premier septembre 2026 (deux jours avant la publication), le greffon fonctionnait toujours bien depuis 231 jours, montrant qu’une xénogreffe n’est pas un obstacle à une greffe d’un organe humain par la suite.

“L’absence d’infection zoonotique et la transition vers un transplant de rein humain renforcent le rôle potentiel de la xénotransplantation comme un pont ou une stratégie de long terme pour des patients sélectionnés, affirment les auteurs. L’utilisation des xénogreffes de rein va probablement se focaliser d’abord sur les individus avec un accès restreint à une transplantation humaine à temps, mais avec une réserve physiologique suffisante pour tolérer un suivi intensif et l’immunosuppression. Des suivis plus longs et des analyses systématiques seront essentiels pour déterminer la durabilité, la sûreté et le rôle clinique optimal pour les xénotransplantations de rein en tant qu’approche pour pallier la pénurie mondiale de greffons.”

Cœur artificiel Aeson : des résultats cliniques robustes chez les patients en insuffisance cardiaque avancée

 

MUNICH — A la suite d’une liquidation judiciaire en début d’année et neuf mois après sa reprise en main par l’industriel Pierre Bastid, l’entreprise française CARMAT respire.

Les résultats de l’étude EFICAS sur les performances cliniques du cœur artificiel totalement implantable Aeson ont été présentés lors du congrès de l’European Society of Cardiology (ESC) 2026 par le Pr André Vincentelli, CHU de Lille, Institut Cœur-Poumons, France et publiés simultanément dans le European Heart Journal (EHJ). Ils sont positifs.

« Les résultats obtenus avec le cœur artificiel total Aeson® dans l’étude EFICAS apportent pour la première fois à la communauté médicale des données cliniques robustes et objectives sur ses performances », a indiqué le Pr Vincentelli dans un communiqué de la société.

Les détails de l’étude

EFICAS est une étude prospective et multicentrique, conduite dans dix centres hospitaliers français. L’analyse présentée a porté sur 55 patients implantés entre décembre 2022 et mai 2025 — la plus large étude clinique menée à ce jour avec Aeson. Les patients avaient un âge médian de 56 ans ; 49 % d’entre eux étaient classés INTERMACS 1 ou 2, le profil 1 correspondant à un choc cardiogénique critique et le profil 2 à une dégradation progressive malgré un soutien médicamenteux. Par ailleurs, 36 % étaient sous assistance circulatoire extracorporelle VA-ECMO au moment de l’implantation.

Le critère principal composite de l’étude était la survie à 180 jours des patients, qu’ils soient toujours supportés par Aeson ou transplantés avant ce délai, sans AVC invalidant ni dysfonctionnement du dispositif nécessitant une réintervention, un remplacement du dispositif ou une transplantation urgente.

Des résultats positifs

Ce critère principal a été atteint chez 40 des 55 patients, soit 72,7 % (IC 95 % : 57,1–85,1), un résultat significativement supérieur au seuil historique pré-spécifié de 38 % retenu pour les cœurs artificiels totaux antérieurs (p < 0,0001).

À 180 jours, 96 % des patients n’avaient pas subi d’AVC invalidant ni développé de thrombus dans la pompe, 76 % avaient quitté l’hôpital, et 92 % des patients survivants étaient classés NYHA I ou II, contre 96 % à l’inclusion, ce qui traduit une absence de limitation ou une limitation légère de l’activité physique habituelle selon cette classification fonctionnelle de l’insuffisance cardiaque. La durée médiane d’hospitalisation était de 54 jours.

Chez les patients évaluables à six mois, la récupération fonctionnelle a également été objectivée par une amélioration médiane de 305 mètres au test de marche de six minutes (p < 0,0002) et de 40 points au score de qualité de vie EQ-5D (p < 0,0001). Aucun cas d’hémolyse n’a été observé, et les hémorragies majeures sont restées limitées aux trente premiers jours postopératoires ; aucun saignement gastro-intestinal n’a été rapporté.

« La TAH bioprothétique autorégulée a fourni une assistance biventriculaire efficace à long terme chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée non éligibles à un dispositif d’assistance ventriculaire gauche (DAVG), avec une faible incidence d’AVC invalidant et de complications liées à l’hémocompatibilité. Au-delà de la survie, le rétablissement de la capacité fonctionnelle et la sortie d’hôpital montrent que le traitement par TAH évolue d’une stratégie de secours vers une forme plus physiologique de remplacement cardiaque. Des études à plus long terme sont nécessaires pour évaluer la durabilité du dispositif et son rôle potentiel au-delà de la phase de transition vers la transplantation », a conclu le Pr André Vincentelli lors du congrès.

« Pour les cardiologues qui prennent en charge ces patients gravement malades, l’enjeu ne se limite pas à la survie : il s’agit aussi de leur permettre de récupérer suffisamment pour quitter l’hôpital et retrouver leur autonomie. Dans l’étude EFICAS, plus de trois quarts des patients avaient quitté l’hôpital à 180 jours, avec des améliorations significatives de la capacité de marche et de la qualité de vie. La prise en charge avec Aeson® repose sur une approche multidisciplinaire associant cardiologues, chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et équipes de réadaptation. Pour des patients aussi graves, dont les options thérapeutiques sont très limitées, ces résultats représentent une avancée majeure », a ajouté la Dre Anne-Céline Martin, cardiologue à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou et co-auteure de l’article, dans le communiqué.

Forte de ces résultats, la société CARMAT espère désormais obtenir le remboursement du dispositif.

Déclarations d’intérêts de l’intervenant : Formateur pour CARMAT SAS ; honoraires de conseil et formateur pour Medtronic

Financement de l’étude : CARMAT SAS et le ministère français de la Santé (subvention : SSAH2025903A) ; ClinicalTrials.gov NCT04475393

FA: l’activité physique réduit de moitié le temps passé en arythmie

MUNICH — Chez les patients atteints de fibrillation auriculaire (FA) symptomatique non permanente, un programme personnalisé d’activité physique au long cours permet, à un an, de réduire de 45% le temps passé en arythmie, par rapport à une prise en charge standard, selon l’essai multicentrique randomisé NEXAF, dont les résultatsont été présentés lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2026).

Cet essai, qui a inclus près de 300 patients, vient ainsi confirmer le bénéfice de l’exercice physique, encore peu pratiqué par les patients atteints de FA, malgré les recommandations en sa faveur. Présentées lors de ce congrès de l’ESC, les premières recommandations européennes sur la réadaptation cardiaque ont d’ailleurs rappelé l’intérêt de cette approche dans cette population (voir encadré).

Actuellement, « selon une enquête de l’European Heart Rhythm Association, seul un patient [atteint de FA] éligible sur dix est orienté vers un programme de réadaptation basé sur l’exercice », a indiqué le Dr Bjarne Nes (Université norvégienne des sciences et de la technologie, Trondheim, Norvège), investigateur principal de l’étude, qui déplore « un déficit dans la mise en œuvre » des recommandations.

Baisse des hospitalisations pour FA

« Les patients, mais aussi les cliniciens sont souvent inquiets du risque d’aggraver la FA avec la pratique d’une activité physique », a précisé le cardiologue lors de son intervention. Or, il a été déterminé que le bénéfice observe une courbe en J, le risque d’arythmie étant augmenté au-delà de 300 minutes (5 heures) d’activité modérée ou 150 minutes d’activité élevée par semaine.

Dans cet essai randomisé, qui a comparé l’effet d’un programme d’activité physique individualisé à une prise en charge standard, « une intervention reposant sur l’exercice physique pendant un an a entraîné une réduction significative de la charge globale de FA, amélioré la condition physique et réduit le nombre d’hospitalisations liées à la FA », a souligné le Dr Nes.

L’intervention consistait en huit séances supervisées de haute intensité au cours des quatre à six premières semaines, avant un suivi et un accompagnement à distance d’une activité physique régulière visant à maintenir l’activité à raison d’au moins 175 minutes d’exercice d’intensité modérée ou 75 minutes d’exercices d’intensité élevée par semaine.

Des recommandations favorables à l’activité physique adaptée

Hypertension, surpoids, apnée du sommeil, consommation d’alcool et inactivité physique font partie des facteurs de risque modifiables de FA sur lesquels il est recommandé d’agir en prévention primaire et secondaire. Depuis les recommandations européennes de prise en charge de la FA de 2024, la mise en place d’un programme d’activité physique adapté est à envisager en prévention secondaire pour réduire le risque de récidive.

Les premières recommandations européennes sur la réadaptation cardiaque, qui ont été révélées lors de l’ESC2026, valident également l’entraînement physique sous supervision médicale dans le cadre d’une réadaptation chez les patients atteints de FA. Cette approche vise notamment à « réduire la sévérité des symptômes liés à la FA, la charge symptomatique, la fréquence et la durée des épisodes, ainsi que les récidives », indique le document.

Si ce bénéfice de l’activité physique est désormais bien établi chez les patients atteints de FA, les essais étaient généralement de petite taille et de courte durée, a rappelé le cardiologue. L’essai NEXAF a été conçu pour évaluer les effets d’une intervention d’un an, non pas sur la récidive de FA, mais sur le temps passé en arythmie, ce qui fait l’originalité de l’étude.

L’essai a été mené dans trois centres en Norvège et a inclus 295 patients (âge moyen de 64 ans, 30% de femmes) présentant une FA symptomatique paroxystique – caractérisée par des épisodes intermittents d’arythmie durant moins de sept jours – ou persistante, diagnostiquée depuis cinq ans en moyenne. Etaient exclus les patients avec une FA permanente et ceux ayant bénéficié récemment d’un traitement par ablation ou chez qui une ablation étaient programmée.

Accompagnement à distance

Ils ont été randomisés pour, soit intégrer le programme d’activité physique pendant un an, soit la prise en charge standard, qui ne comprend pas d’intervention structurée basée sur l’exercice. Le programme comprenait un accompagnement à distance au moyen d’une montre connectée, d’une application et d’une plateforme en ligne. Tous les patients ont été équipés d’un moniteur cardiaque implantable.

Les deux critères primaires d’évaluation sont le temps passé en FA au cours de l’année de suivi et la variation à un an de la qualité de vie, évaluée par le score AFEQT (Atrial Fibrillation Effect on Quality of Life).

À un an, le temps passé en FA était réduit de 45 % chez les patients suivant le programme d’activité physique par rapport à ceux du groupe contrôle (respectivement 3,9 % contre 7,1 % du temps de suivi). Cette amélioration ne s’est toutefois pas traduite par une amélioration significative de la qualité de vie à un an selon le score AFEQT (+5,6 vs +4,4 points).

Concernant les critères d’évaluation secondaires, des améliorations de la capacité cardiorespiratoire et de la fréquence cardiaque au repos ont été observées avec l’intervention basée sur l’exercice. Les chercheurs ont également constaté une réduction de 37 % du nombre total d’hospitalisations et de 46 % des hospitalisations liées à la FA.

Déterminer la dose et l’intensité

Selon le Dr Nes, ce programme hybride associant une supervision à court terme en clinique à un programme d’exercice à domicile sur le long terme, avec un soutien numérique, a nécessité peu de ressources humaines et s’était révélé réalisable en pratique clinique.

« Cet essai renforce les arguments en faveur d’une mise en œuvre plus large d’un exercice physique structuré et au long cours dans la prise en charge de la FA », a-t-il conclu.

Invitée à commenter les résultats, la Dre Elena Arbelo (Hospital Clínic of Barcelona, Espagne) a indiqué qu’il convient désormais de mieux définir cette approche préventive par l’activité physique « en déterminant la dose et l’intensité des exercices nécessaires » pour assurer à la fois un bénéfice et une bonne adhérence au programme.

Selon la cardiologue, il sera également nécessaire « de mieux identifier les patients qui pourront bénéficier de ce type d’intervention » et de poursuivre le suivi pour savoir si cette approche « peut s’appliquer à plus long terme ».

Davantage de micro et de nanoplastiques dans le sang des victimes d’un infarctus grave

 

Les personnes ayant subi un infarctus grave présentaient des taux plus élevés de micro et de nanoplastiques dans le sang, par rapport aux patients chez lesquels une cardiopathie ischémique chronique avait été diagnostiquée et à ceux dont les vaisseaux sanguins irriguant le cœur étaient normaux, selon une étude publiée dans l’European Heart Journal [1].

Pollution, tabac et microplastiques

Une nouvelle étude vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses indiquant que la pollution environnementale pourrait avoir un impact sur la santé cardiovasculaire. Cette étude est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’université Sapienza de Rome, de l’université de Vérone et du Centre de recherche sur la pollution environnementale et les maladies cardiovasculaires de l’université de Campanie « Luigi Vanvitelli » à Naples, en Italie, un centre dédié à la compréhension de l’influence des polluants environnementaux sur la santé cardiovasculaire.

Des micro-et nanoplastiques ont été détectés chez 84 % des patients ayant subi une crise cardiaque.

L’étude a porté sur 61 patients de l’hôpital universitaire Sant’Andrea (Azienda Ospedaliera Universitaria Integrata) de Vérone, en Italie, chez lesquels avait été diagnostiqué soit un infarctus du myocarde, soit une cardiopathie ischémique chronique, soit des artères coronaires normales.

Les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang des patients dans les vaisseaux sanguins irriguant le cœur et dans d’autres parties du corps. Ils ont également recueilli des données sur le tabagisme des patients et leur exposition à la pollution, tant le jour du prélèvement que durant les deux années précédentes.

Les résultats montrent que parmi les personnes ayant subi une crise cardiaque, des micro- et nanoplastiques ont été détectés chez 84 % des patients, contre 40 % chez les patients atteints de cardiopathie ischémique chronique et 32 % chez ceux présentant des artères coronaires normales. Les patients ayant subi une crise cardiaque présentaient une plus grande variété de types de plastiques dans leur sang. Le type de plastique le plus courant était le polyéthylène, couramment utilisé dans les emballages et les produits de consommation.

Les patients exposés à des niveaux élevés de pollution atmosphérique à long terme (PM2,5/particules d’un diamètre inférieur ou égal à 2,5 μm) étaient plus susceptibles de présenter des microplastiques dans leur sang, et les fumeurs avaient six fois plus de risques d’en présenter. Tous les patients fumeurs et exposés à des niveaux élevés de pollution atmosphérique présentaient des microplastiques dans le sang, contre seulement 12,5 % des patients non-fumeurs et non exposés à ces niveaux élevés de pollution atmosphérique.

L’étude a également révélé que les fumeurs et les personnes exposées à des niveaux plus élevés de pollution atmosphérique présentaient des taux plus élevés de micro et de nanoplastiques dans le sang, indique un communiqué de l’ESC.

Réduire le fardeau croissant des polluants environnementaux

« Dans notre étude, les antécédents tabagiques étaient étroitement liés à la présence de microplastiques dans le sang. Nos résultats suggèrent que le tabagisme pourrait faciliter la pénétration des micro et nanoplastiques dans la circulation sanguine via les poumons. La pollution atmosphérique pourrait agir de manière similaire », a déclaré le Pr Emanuele Barbato de l’université Sapienza de Rome et directeur de l’unité de cardiologie de l’hôpital universitaire Sant’Andrea, à Rome (Italie) qui a dirigé l’étude.

Dans un éditorial accompagnant cette étude [2], le Pr Andreas Daiber du Centre médical universitaire de l’université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, et ses collègues ont considéré que « bien que limités par la taille de l’échantillon, ces résultats constituent des preuves cliniques préliminaires indiquant que les particules de plastique pourraient être associées à des événements cardiovasculaires aigus ».

Selon eux, « à l’ère de l’Anthropocène, la protection de la santé cardiovasculaire dépendra de plus en plus de la réduction non seulement des facteurs de risque traditionnels, mais aussi du fardeau croissant des polluants environnementaux (la partie néfaste de l’exposome), parmi lesquels les plastiques pourraient bientôt jouer un rôle central. »

Quid des facteurs déclenchants de la fibrillation atriale ?

La fibrillation atriale (FA) peut être le symptôme d’une cause sous-jacente plutôt qu’une arythmie primaire. Identifier la cause est essentiel pour guider le traitement et prévenir les récidives. Plusieurs déclencheurs peuvent provoquer une FA. Il peut s’agir, entre autres, de :

  • sepsis
  • apnée du sommeil
  • déshydratation
  • obésité
  • diabète
  • maladies inflammatoires intestinales

Au cours de son internat, le Dr Barat S. Venkataramany, du centre médical de l’Université de Cincinnati (UCMC), a pris en charge un patient hospitalisé pour sepsis qui avait développé une FA aiguë. Cette expérience l’a conduit à explorer la littérature médicale et à constater un manque flagrant de recommandations spécifiques à la FA induite par des déclencheurs. Dans un article paru dans le European Journal of Internal Medicine, il propose, avec ses collègues, plusieurs points d’aide à la pratique.

photo du Dans l’Actu : FA et facteurs déclenchants

Les auteurs rappellent que la prise en charge nécessite une approche individualisée et multidisciplinaire. Les décisions concernant l’anticoagulation et le contrôle du rythme cardiaque doivent être adaptées à chaque patient. Ils s’appuient notamment sur le modèle AF-CARE des recommandations européennes 2024 de la Société Européenne de Cardiologie.

Le risque de récidive ne doit jamais être sous-estimé, même après résolution de l’épisode aigu. Une anamnèse approfondie et un examen clinique rigoureux restent indispensables pour identifier les déclencheurs réversibles et orienter un suivi post-hospitalisation structuré.

En 2024, une Américaine de 13 ans est devenue la première patiente au monde à recevoir ce pacemaker sans sonde à double chambre

Article paru dans Sciences et Vie

L’implantation d’un pacemaker sans fil à double chambre chez une adolescente de 13 ans représente une percée majeure dans la cardiologie pédiatrique. Réalisée à l’Université de Californie à Davis, cette intervention offre une solution moins invasive, réduisant les risques d’infection et accélérant la convalescence par rapport aux stimulateurs traditionnels.

La pose d’un stimulateur cardiaque ou pacemaker est nécessaire lorsque le cœur est défaillant et que les médicaments ne suffisent pas à stabiliser son rythme. Le boîtier du pacemaker est relié au cœur via une ou plusieurs sondes souples et fines. Celles-ci transmettent une impulsion électrique dès qu’un ralentissement du rythme cardiaque survient. Des dispositifs sans sonde ont vu le jour il y a quelques années. Pour la première fois, ce type de dispositif innovant a été implanté chez un enfant, dans une clinique de l’Université de Californie, à Davis.

Le pacemaker permet de pallier la bradycardie (un ralentissement excessif de la fréquence cardiaque) ou « des pauses » dans les battements. On l’utilise également dans certains cas d’insuffisance cardiaque. Les stimulateurs classiques se composent d’un boîtier en titane, contenant une pile, placé sous la peau sous la clavicule. Ce boîtier est relié au cœur via une ou deux sondes, insérées dans une veine. Elles surveillent le rythme naturel du cœur et transmettent une impulsion électrique dès que nécessaire.

Cependant, ces sondes peuvent entraîner des infections ou causer des phlébites ou des thromboses. Le boîtier, quant à lui, peut entraîner une érosion sous-cutanée et s’extérioriser. De plus, une incision de trois à quatre centimètres est nécessaire pour le mettre en place. Sans compter le fait que sa présence empêche le patient de pratiquer les activités entraînant des mouvements du bras. C’est pourquoi, des pacemakers d’un nouveau genre ont vu le jour il y a quelques années. Ils se présentent sous la forme d’une simple capsule sans fil.

Une approche beaucoup moins invasive

Cette capsule sans fil se fixe directement sur le cœur. Elle est acheminée jusqu’au cœur grâce à un cathéter porteur introduit dans la veine fémorale, au niveau de l’aine. Cette approche mini-invasive élimine les risques d’infection et de thrombose et réduit la durée d’hospitalisation. Elle ne nécessite qu’une toute petite incision au niveau de la cuisse. Le temps de récupération est plus rapide et il n’y a aucune contre-indication en termes d’activité sportive.

Le stimulateur cardiaque sans sonde à double chambre AVEIR. Crédits : UC Davis Health

Ce type de stimulateur cardiaque est utilisé depuis peu pour la stimulation ventriculaire chez les adultes et les enfants souffrant d’un bloc atrioventriculaire. Cette pathologie résulte d’un défaut de transmission de l’influx électrique entre les oreillettes et les ventricules du cœur. Ce bloc peut être partiel, ce qui se traduit par un ralentissement de la conduction électrique.

Il peut également être complet, se caractérisant par l’absence totale de conduction des impulsions atriales vers les ventricules. On parle dans ce cas de « dissociation atrioventriculaire ». Le bloc cardiaque complet peut résulter d’une cardiopathie congénitale structurelle fœtale ou d’une prédisposition génétique. Il peut également être acquis à la suite d’une exposition à certains anticorps maternels. Cette affection peut entraîner un syndrome d’Adams-Stokes, qui se caractérise par une diminution brutale du débit cardiaque et une perte de connaissance. Elle peut également mener à la mort subite.

Pour la première fois, un pacemaker sans sonde, à double chambre, a été posé chez une jeune américaine de 13 ans souffrant d’un bloc cardiaque congénital complet. Les stimulateurs à double chambre aident à réguler le rythme cardiaque en stimulant les chambres supérieures (atriales) et inférieures (ventriculaires) du cœur. Le rapport de ce cas vient de paraître dans la revue PACE : Pacing and Clinical Electrophysiology.

Un pacemaker compatible avec les activités sportives

La jeune fille faisait l’objet d’un suivi depuis des années pour un bloc cardiaque congénital complet. Cette maladie rare touche un enfant sur 15’000 à 22’000. Sa fréquence cardiaque moyenne diminuait progressivement. À l’âge de 13 ans, elle a commencé à développer une présyncope au repos, avec un rythme cardiaque moyen inférieur à 50 bpm. Daniel Cortez, directeur du service d’électrophysiologie pédiatrique de l’UC Davis, a proposé la pose d’un stimulateur cardiaque.

La patiente souhaitant continuer à faire du sport (haltérophilie) sans restrictions, la stimulation sans fil est apparue comme la meilleure option. Cortez et son équipe ont choisi le stimulateur sans fil à double chambre AVEIR, des laboratoires Abbott. Ce stimulateur cardiaque a reçu l’approbation de la Food and Drug Administration (FDA) en 2023. Depuis, de nombreux adultes américains en ont bénéficié.

Il est 10 fois plus petit qu’un stimulateur classique ; plus court, plus petit et plus fin qu’une pile AAA ! Il se fixe à la surface intérieure du cœur à l’aide d’un mécanisme de vissage, appelé hélice, qui permet de récupérer le dispositif en cas d’évolution des besoins thérapeutiques ou si un remplacement est nécessaire.

L’intervention se distingue par la technique de pose utilisée. Les chercheurs ne sont pas passés par la veine fémorale, mais par la veine jugulaire interne. Ceci dans le but de permettre à la patiente de se déplacer et de reprendre le sport au plus tôt.

De par l’emplacement du dispositif, l’accès par la veine jugulaire gauche était le plus simple. Néanmoins, dans le cas présent, la veine jugulaire interne droite de la patiente était plus large que la gauche. L’équipe a donc opté pour la veine droite et recommande de toujours choisir la veine jugulaire la plus large.

La procédure s’est déroulée sans encombre. La patiente n’a présenté aucune complication pendant ni après l’intervention. Elle a pu reprendre le sport trois mois plus tard.

Une alternative prometteuse pour la cardiologie pédiatrique

L’une des principales limitations de la stimulation cardiaque sans sonde chez les enfants est la petite taille des vaisseaux fémoraux. Sa mise en place via la veine fémorale peut ainsi occasionner une déchirure ou une occlusion veineuse. Pour éviter cela, une alternative est d’utiliser la veine jugulaire interne comme accès.

En 2018, le Dr Cortez fut le premier au monde à implanter un stimulateur sans fil à chambre unique via la veine jugulaire interne chez un enfant. Il s’agissait d’un pacemaker Micra, conçu par Medtronic. Plusieurs rapports de cas concernant des enfants de moins de 30 kg ont par la suite confirmé la sûreté et l’efficacité de l’approche.

En 2023, il posa pour la première fois un pacemaker AVEIR sans fil retirable chez un enfant, un garçon de 12 ans. Il est désormais le premier à implanter un stimulateur cardiaque sans fil à double chambre et retirable chez un enfant. Ce cas démontre la faisabilité de l’intervention par la veine jugulaire interne droite.

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« Quel que soit le type de stimulation dont un enfant a besoin – atriale, ventriculaire ou les deux – il peut désormais bénéficier en toute sécurité d’une stimulation sans sonde et, après une courte période de récupération, n’avoir aucune restriction quant à son niveau d’activité » a déclaré le Dr Cortez.

L’équipe souligne qu’une étude de plus grande envergure est toutefois nécessaire pour valider la sécurité et l’efficacité à long terme de ces implants avant d’en conseiller l’utilisation systématique.

Des rapports antérieurs sur l’implantation de stimulateurs cardiaques ventriculaires sans fil chez des enfants – par voie veineuse fémorale ou jugulaire – font état d’un taux de complications potentielles pouvant atteindre 16%. Ces complications comprennent une perforation cardiaque/épanchement péricardique, une thrombose veineuse fémorale non occlusive, ainsi qu’un retrait et un remplacement du dispositif en raison de seuils trop élevés. « D’où la nécessité de faire preuve de prudence lors de la sélection des patients », conclut Cortez.

 

Thrombectomie mécanique : pas de bénéfice démontré dans certains AVC, selon l’étude française DISCOUNT

 

Quid de la thrombectomie mécanique chez les patients présentant un AVC ischémique aigu dû à une occlusion artérielle intracrânienne distale ? Dans l’étude DISCOUNT, à trois mois, cette intervention n’a pas amélioré de façon significative le pronostic par rapport au traitement médical seul. L’étude a fait l’objet d’une publication parue le 22 juillet 2026 dans la revue JAMA.

Essai interrompu

La thrombectomie mécanique est une technique consistant à enlever le caillot sanguin qui bouche l’artère, de manière mécanique au moyen d’un système de retrait (« stent retriever »), en association avec un traitement médicamenteux. Si l’utilisation de cette méthode est déjà courante dans la prise en charge des AVC secondaires à une occlusion artérielle d’une artère de gros calibre, son intérêt pour les occlusions intracrâniennes plus distales (artères de moyen ou petit calibre, plus lointaines sur l’arbre vasculaire) reste à démontrer. D’où la mise au point de l’étude DISCOUNT (NCT05030142), sous l’égide des Prs Frédéric Clarençon (service de neuroradiologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, Sorbonne Université) et Agnès Dechartres (service de santé publique de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, Inserm et Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique).

Cet essai contrôlé randomisé a été mené dans 22 centres spécialisés dans la prise en charge de l’AVC en France entre novembre 2021 et avril 2025, avec un recrutement prévu de 488 patients. L’essai a été interrompu après l’analyse intermédiaire prévue, sur recommandation du comité de surveillance des données et de la sécurité, en raison d’un taux accru d’hémorragie intracrânienne symptomatique associée à la thrombectomie.

Au total, 244 patients, âgés en moyenne de 75 ans, ayant présenté un AVC ischémique aigu dû à une occlusion artérielle intracrânienne distale, ont été inclus : 123 ont été randomisés pour recevoir une thrombectomie mécanique en complément du traitement médical, et 121 ont reçu le traitement médical seul (groupe contrôle).

Complications hémorragiques plus fréquentes

Trois mois après la randomisation, un bon résultat fonctionnel a été observé chez 62 % des patients du groupe thrombectomie, contre 68 % dans le groupe contrôle. L’incidence des hémorragies intracrâniennes symptomatiques était plus élevée chez les 100 patients ayant effectivement bénéficié d’une thrombectomie que chez ceux qui n’en avaient pas bénéficié (11 % contre 3 %, p = 0,008), tout comme l’incidence des hémorragies sous-arachnoïdiennes (13 % contre 2 %, p < 0,001) et de la migration de l’embole (5 % contre 1 %, p = 0,04). Le taux de mortalité ne présentait pas de différence significative entre les deux groupes (6 % contre 8 %, p = 0,49).

La thrombectomie n’a donc pas permis d’obtenir un taux plus élevé de bons résultats cliniques à 3 mois par rapport au traitement médical seul chez les patients victimes d’un AVC ischémique aigu lié à une occlusion vasculaire majeure, les complications hémorragiques ayant été plus fréquentes après une thrombectomie.

« Toutefois, ces résultats contribuent à mieux définir la place de cette intervention et soulignent la nécessité de poursuivre les recherches afin d’identifier les patients susceptibles d’en tirer un bénéfice et d’optimiser les stratégies de prise en charge de ces AVC liés à une occlusion intracrânienne distale », considèrent les auteurs dans un communiqué de l’AP-HP.